Sans contours définis ?

 

Comment qualifier le travail poético-musical de Christian Tarroux ? Ses albums sont-ils des livres audio de poésie, des récitals littéraires, chansons ?

Ce qui est sûr, en tout cas, c'est que son œuvre enregistrée nous entraîne au plus profond de l'être. Sa poésie nous parle de la vie, de la société, de l'injustice, de l'amour.

Le monde de Christian Tarroux en est un de l'ouverture culturelle, de l'humanisme, de la tendresse et d'une certaine candeur.

Sa voix et ses paroles toutes de simplicité illustrent ce que la pureté du verbe peut pour la sagesse.

Cette poésie s'ouvre naturellement à de multiples interprétations. Elle ne se veut ni engagée, ni critique a priori. Si elle veut servir des causes humanistes, elle n'est pas pour autant pétrie uniquement de concepts et d'idées. Les sentiments y ont toute leur place.

Dans la matière de ses textes. Christian Tarroux recherche la musicalité. La pureté de la langue ne fait pas obstacle à l'humour. Tout y est sourires ou clins d'œil, même quand il y a indignation, comme dans son poème Le Pavé, où il stigmatise en de subtiles pirouettes verbales l'obscénité inégalitaire de nos sociétés, quand certains « se rincent les amygdales au Margaux », tandis que d'autres « ont trop froid les nuits d'hiver. »

 

Poésie & inventivité musicale

 

Les treize textes de l'album « Sans contours définis » procèdent tous d'une utopie raisonnée que suscite l'amertume de l'existence. La joie n'est jamais absente de ce mélange discret que compose pour nous Christian Tarroux.

Aux rythmes pétillants et cahotants, succèdent des jeux de mots où les paroles acidulées se découpent en syllabes vite enjambées. Ici un refrain en anglais repris par une voix féminine, là une authentique poulette fraîchement émoulue de sa basse-cour vient ponctuer le final d'un texte sur les « Abdos en Chamallow ».

Dans cette expression poétique, une constante : le choc des mondes. Pas moyen de rassembler l'humanité, d'échapper à la désunion. Réunir les humains autour d'un but commun ? Autant viser la quadrature du cercle...

La critique n'est pas voilée, mais poétiquement appuyée, ce qui confère aux protestations de l'auteur une résonance bien plus audible que la colère.

Pas une ligne, pas une rime, qui ne soit reliée aux idéaux de l'auteur. D'exhortations en suppliques, il donne le ton de ses propositions pacifiques de refaire le monde, de mieux partager. Tout cela passe par l'action. « Il faut agir plus que gémir, » nous conseille le poète qui oppose sous nos yeux la laideur à la beauté. La silhouette interlope des hommes en pardessus rompt le charme du regard émerveillé sur notre Bille de Terre. Même les amoureux deviennent des loups l'un pour l'autre. Sur quoi Tarroux se prend à rêver que nous puissions « revenir sur nos erreurs ». Il nous convie à une acceptation de l'état actuel du monde -- acceptation n'est pas résignation. Accepter le réel pour le mieux voir et pouvoir le changer… Il nous le répète à travers les variations colorées de ses registres poétiques et musicaux, épaulé qu'il est par le bel à-propos des voix et des instruments.

 

Partir avec Tarroux vers le nouveau monde…

 

Tout au long des treize étapes de ce voyage édifiant, en treize plages d'album, Tarroux nous donne à voir le monde sous cet éclairage lyrique qui n'appartient qu'à lui.

Peintre sensuel, il possède une sensibilité tactile, évoquent pour nous un arbre à « peau de rhinocéros » ou le tracé des caractères de « l'amour sur la peau ».

Tarroux le modeste vise avant tout la pureté, la simplicité. Son talent consiste à mettre la profondeur... en surface. Avec lui, qui ne sort pas une sonate de son rôle de poète, nous parcourons un vibrant jardin de simples où l’on ramassera peut-être quelques graines de futur.

 

Pierre-Jean Brassac

Février 2019

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